L’appel au boycott du salon du livre à Paris
7 mar 2008 par Samuel Sebban |
Ou comment transformer une manifestation culturelle en enjeu politique.
Comme beaucoup de gens ne sont pas au courant, rappel des faits. Le Salon du Livre à Paris (et de Turin) a décidé de mettre à l’honneur cette année la littérature israélienne, à l’occasion des 60 ans de l’État d’Israël, comme ils ont pu mettre à l’honneur un certain nombre d’autres pays dans le passé. Oui mais voilà, Israël n’est pas n’importe quel pays.
Les appels au boycott n’ont pas tardé, de la part de pays traditionnellement très « chaleureux » avec Israël : l’Iran, le Liban, l’Arabie Saoudite ou encore le Yemen, l’Égypte, bref que des pays qui ont toujours traité une Israël avec une équité très particulière. Motif invoqué : protester contre l’hommage rendu à Israël, « malgré ses atrocités, l’oppression, la famine et le siège du peuple palestinien ».
Parce qu’évidemment, les écrivains israéliens sont responsables de la politique israélienne, c’est bien connu. Si demain, la Russie était à l’honneur, le monde appellerait au boycott pour protester contre les problèmes liés à la Tchétchénie. Et puis si l’Iran ou l’Arabie Saoudite étaient invités, le monde boycotterait parce que la liberté de la femme est inexistante dans ces pays. Tout ça c’est la faute des écrivains, c’est évident.
Et l’Iran a bon dos de parler d’atrocités, puisqu’ils y ont une responsabilité directe en armant des fanatiques dont quelques-uns n’ont rien trouvé de mieux à faire que d’aller flinguer de l’étudiant juif hier en plein cœur de Jérusalem. Mais malgré le fait que d’un point de vue politique c’est l’hôpital qui se fout de la charité (quoi que l’expression consacrée me parait bien peu appropriée dans ce cas, surtout pour l’hôpital), donner une connotation politique à un salon culturel est une aberration. Personne ne boycotterait le Tchad s’il était mis à l’honneur, et pourtant au niveau atrocités et du bafouement des droits de l’homme ils n’ont probablement pas grand chose à envier à quiconque.
Donc pourquoi Israël ? Réponse simple et évidente, surtout pour les États arabes, qui sont dans la même logique depuis 1948 : de la même façon qu’une « présence juive en terre d’Islam » était intolérable en 1947 après le plan de partage de l’ONU, la volonté de « rayer Israël de la carte » est toujours bien présente, y compris dans les États arabes dits modérés. La reconnaissance de l’existence même d’une culture israélienne accrédite trop l’existence d’un Israël, et les belles paroles de paix qu’on peut entendre de temps en temps illustrent simplement l’impuissance de ces États pour mener à bien ce cher projet : « jeter les Juifs à la mer », après les échecs de 1948, 1956 ou 1967. Cet appel au boycott n’est qu’un élément illustratif du fait que derrière les volontés pacifiques parfois sincères des gouvernants (comme Nasser et sa triste fin à l’époque), les populations sont bercées dès l’enfance par la haine des Juifs et que souvent le pouvoir despotique des dirigeants repose en grande partie sur la haine d’Israël (toujours le fameux ennemi commun).
Le vrai courage aurait été d’aller au salon et de débattre, mais reconnaitre la moindre légitimité à un Israélien est impossible pour certaines personnes. Israël étant une aberration géographique, il ne manquerait plus qu’on leur parle. Alors on se planque derrière des prétextes humanistes fallacieux (car nul n’ignore que les incursions israéliennes sont une réponse aux tirs de roquettes, surtout pas l’Iran, le premier fournisseur d’armes du Hamas et du Hezbollah) pour ne pas se griller sur la scène internationale et avouer une triste mais simple vérité : les États arabes islamisants ne sont absolument pas prêts à une normalisation des relations avec Israël, et ce que je reconnais à Ahmadinejad, c’est d’avoir l’honnêteté de reconnaitre que la destruction d’Israël est plus qu’un objectif, un idéal. Les Islamistes radicaux en ont fait un enjeu religieux, et dans ces conditions, malgré toute la bonne volonté de Mahmoud Abbas, des Américains et des Israéliens, le processus de paix n’aboutira certainement pas en 2008 à autre chose qu’un papier qui statue mais ne résoud rien. Et les problèmes pourraient bien s’étendre à d’autres pays, en témoigne ce qui se passe en Angleterre où la charia peut désormais officiellement se substituer à la loi dans certains cas.
Quand Ayaan Hirsi Al, une femme musulmane, ose critiquer un régime et des mœurs dans un film, sa tête est mise à prix et elle est obligée de se cacher et d’avoir une protection. Quand des auteurs israéliens viennent parler de livres, on les accuse de meurtre. C’est moi où il y a quelque chose qui tourne pas rond dans cette histoire ?
Merci et encore merci Samuel de me donner ton avis qui me permet de relativiser et de comprendre plus de chose.
Merci.
Mais de rien mon Xade
Merci pour ces compliments c’est adorable.
J’espère que tu vas bien aux US !